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N° 47

2ème trimestre 99

LA LETTRE D'INFORMATION TRIMESTRIELLE
DU GROUPE PECHE ET DEVELOPPEMENT
 
Poisson sauvage ou poisson d'aquaculture ?

Alors qu'en cette fin de siècle des scandales à répétition secouent l'élevage intensif, nous sommes en droit de nous interroger sur Ia qualité des poissons épargnés jusqu'à maintenant par la tourmente. Le poisson a l'image d'un aliment jugé "naturel". Si ce qualificatif s'applique bien au poisson capturé en mer, Ia dernière denrée sauvage de notre alimentation, pouvons-nous l'étendre au poisson d'élevage ? Une étude réalisée en 1998 dans l'Est de la France par le ministère de l'agriculture et de la pêche (pas encore publiée) révèle que les truites d'élevage affichent des concentrations de dioxine anormalement élevées. Elles proviendraient de piscicultures situées à proximité de centres d'incinération.
La part du poisson d'élevage dans la consommation des produits halieutiques augmente d'année en année. Saumon, truite, bar, daurade et turbot élevés dans des bassins ou des cages représentent dorénavant plus de 20 pour cent des ventes de poisson en France. Les images suggestives associées a ces produits ont des apparences trompeuses. Tout le monde a en mémoire cette publicité où un saumon prend son envol au-dessus d'un magnifique fjord norvégien. En réalité ces poissons sortent tout droit des piscicultures dont la logique de production repose sur des modèles productivistes. La recherche de rentabilité favorise le développement d'élevages à très forte densité, l'utilisation d'aliments médicamenteux et la sélection d'animaux hautement performants (notamment de poissons triploïdes asexués). Que mangent donc les poissons d'élevages ? Leur régime alimentaire se résume ni plus ni moins à des granulés. La formulation est un savant dosage entre différents composants en fonction de leur valeur nutritive et de leur prix comparatif. Les granulés distribués à un saumon adulte sont habituellement composés de 50 pour cent de farine de poisson et de 10 pour cent d'huile de poisson, mélangées à des farines de différentes origines (céréales, sang... ) et enrichies de vitamines et de sels minéraux. La couleur de la chair, qui provient des crustacés, est issue de pigments incorporés à l'alimentation en fin d'élevage.
L'alimentation entre pour un tiers dans le coût de production de ces élevages et représente un marché très important. L'approvisionnement des piscicultures a ainsi favorisé l'émergence d'une industrie agro-alimentaire très puissante qui pèse maintenant de tout son poids dans le choix des politiques de développement halieutique. L'objectif des fabricants d'aliments est de trouver Ia meilleure recette au meilleur prix afin que le poisson d'élevage gagne toujours plus de parts de marché. Et nous ne serons pas surpris quand Tyson Foods, le géant américain de l'alimentation avicole, propose à ses collègues de l'alimentation aquacole d'incorporer dans leur ration de Ia farine de volaille meilleur marché que la farine de poisson. Décidément, il y a urgence a bien distinguer à l'étal le poisson sauvage du poisson d'élevage !
Philippe FAVRELIERE

Sommaire

Les pêcheurs
portuguais et la PCP
page 2

Philippines : contre les importations
de poisson
page 3

France: cap au
Nord-Ouest
pages 4 et 5

Inde : grève nationale
des pêcheurs,
Tom Kocherry
reçoit un prix
page 6

Mexique : les
coopératives de
pêcheurs faceà
l'ALENA

Argentine-UE :
le Pavillon brûle
page 7

Carnet de bord,
Forum mondial des pêcheurs artisans
page 8

 

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